Le château

Publié le par Webmaster

Verteuil existait déjà aux premiers siècles de notre ère comme l'attestent les sépultures gallo-romaines qui y furent découvertes il y a une quarantaine d'années. Le château est situé sur un éperon rocheux dominant la Charente. Maints épisodes de l'histoire militaire et artistique de la France s'y déroulèrent au cours des siècles. Si l'on ignore la date exacte à laquelle le château fut construit, l'on sait par contre que le premier document faisant mention de Verteuil remonte à 1080, et qu'en 1135, Vulgrin II, Comte d'Angoulême, vint avec plus de 1000 hommes assiéger et prendre Verteuil qui appartenait alors à Aymar de La Rochefoucauld. Il se peut qu'une cinquantaine d'années plus tard, Louis VII et Eleonore d'Aquitaine s'y soient arrêtés, car celle qui fut reine de France, puis d'Angleterre, était la fille d'Eléonore de La Rochefoucauld de Chatellerault, proche parente des seigneurs de Verteuil. En effet, en 1187, le Dauphin et sa jeune épouse qu'il amenait à Paris, décidèrent de ne faire étape entre Bordeaux et Poitiers qu'en des lieux surs et préférablement bien fortifiés, car ils craignaient d'être enlevés par des grands féodaux. L'on sait que le Roi de France Philippe de Valois séjourna à Verteuil le 19 juillet 1332 et que durant la guerre de Cent Ans, le château fut cédé aux soldats du Prince Noir, par le traité de Brétigny, en 1360. Froissart raconte que son défenseur Peyran du Sault refusa néanmoins de rendre la place à John Chandos, lieutenant d'Edouard III. Ce dernier menaça de faire décapiter, devant les murs, Bertrand du Sault, si le frère de ce dernier ne capitulait pas sur l'heure. En 1385, Geoffroy III de La Rochefoucauld et le Duc de Bourbon purent enfin reprendre Verteuil aux Anglais, après l'avoir assiégé pendant 5ans. Ensuite, ce fut Charles VII qui, en vue de mater la Praguerie en Angoumois, s'empara de la forteresse en 1442. Le vieux château du XIe fut en partie démoli. Toutefois, quatre ans plus tard, Guyot de La Rochefoucauld, afin de protéger la population, obtenait du roi la permission de construire un mur et deux tours qu'il édifia devant les anciennes murailles, et c'est ainsi que Verteuil put être réparé, agrandi et refortifié selon les nouvelles conceptions militaires. Les "Grandes Voûtes" qui mesurent 65m de long, et dépassent 10m de haut, datent de cette époque, alors que les "Petites Voûtes" qui ne dépassent guère 40m de long faisaient déjà partie des défenses du château, dans sa forme primitive et remontent ainsi à l'époque romane. Au siècle suivant, François 1er, vint en 1516 visiter son parrain, le comte François II de La Rochefoucauld, et en 1539, Anne de Poulignac, veuve de ce dernier, y recevait Charles-Quint qui déclarait "n'être jamais entré en maison qui mieux sentist sa grande vertu, honnesteté et seigneurie que celle-là". Avant son départ, l'Empereur planta dans le parc le conifère dont on parle dans l'historique du village.

Son fils François III de La Rochefoucauld, ayant épousé en secondes noces une calviniste, devint protestant, et c'est ainsi que le château abrita en 1567 le 6e Synode National de l'église Réformée. Henri II y vint en 1558 et le futur Henri III y séjourna onze ans plus tard, puis ce fut Henri IV qui y demeura pendant quelques jours. Catherine de Médicis vint en 1616, et 21 ans plus tard, ce fut la belle Duchesse de Chevreuse qui, craignant d'être arrêtée par le Cardinal de Richelieu, s'enfuyait déguisée en garçon et obtenait de François VI un carrosse pour aller en Espagne. Durant la Fronde, le château qui avait hébergé dans ses murs le Grand Condé, fut assiégé deux fois par les troupes royales et Louis XIV y exila François VI de La Rochefoucauld qui y écrivit ses "Mémoires" et y élabora plus tard plusieurs des "Maximes". Au sujet de ce dernier, Mme de Sévigné nous dit que vers la fin de sa vie "il allait comme un enfant voir Verteuil, ses bois et lieux où il avait chassé avec tant de plaisir". Son souvenir est perpétué dans le parc, par une statue, faite par Dubut, semblable à celle de l'Hotel de Ville de Paris. Elisabeth Farnèse, Reine d'Espagne, épouse de Philippe V, passa par Verteuil, au XVIII siècle, ainsi que le célèbre agronome Arthur Youg, qui en fit une description flatteuse. Au siècle suivant, Vertueil devint la propriété d'un fils cadet du Duc de La Rochefoucauld, le Comte Hippolyte qui représenta la monarchie de juillet, en Allemagne et à Florence.
 Durant la dernière guerre, Verteuil abrita des troupes françaises en 1940, puis réfugiés d'Alsace-Loraine, avant d'être partiellement occupé par des unités allemandes pendant quelques mois et enfin, en 1944, des maquisards y furent abrités. Depuis la fin de la guerre, des recherches archéologiques commencées avant 1939 par le petit fils du Comte Hippolyte ont été reprises, et elles ont enfin permis de découvrir et de déblayer toute une partie souterraine datant des XIIè et XIIIè siècles. En 1958, on trouvait sous le dallage de la salle des gardes, un escalier permettant d'accéder à une petite chapelle du XIè siècle, qui était en excellent état et dont l'existence n'avait même pas été soupçonnée. Chaque année amène de nouvelles surprises, d'anciennes fenêtres sont mises à jour (sic) ainsi que des archières; un socle de bénitier armorié du XIVè, encastré dans un mur est dégagé et l'on apprend que le bas de la tour de l'ouest servait d'étuve au Moyen-Âge. Il semble donc que l'avenir réserve des découvertes encore plus intéressantes, car, jusqu'à présent, la besogne est à peine entamée. On peut donc espérer voir apparaître un jour toutes les parties romanes, dont certaines, comme nous l'avons dit, étaient ensevelies depuis si longtemps qu'on ignorait même leur présence. Une des salles du XIIè est maintenant réservée aux réunions de la Principauté de Franc-Pineau, illustre confrérie viticole Charentaise, dont les cérémonies en France et à l'étranger ont puissamment contribué à faire mieux connaître à travers les monde, le Pineau, ce merveilleux produit de l'Angoumois.

Par ailleurs, c'est au château que fut fondée, en 1958, l'Association des Vieilles Maisons Françaises, dont la Revue du Touring Club de France a parlé dans ses numéros d'avril 1959 et de mars 1960. Lors de la première Assemblée Générale, Monsieur André Maurois, de l'Académie Française, avait clôturé la journée en faisant une très brillante conférence, et cette année, les délégués réunis au château appaludirent chaleureusement Monsieur Louis Reau, Membre de l'Institut, qui parla sur le thème "Le Vandalisme en France et ses ravages". Comme on peut ainsi le constater, Verteuil, demeure presque millénaire, constitue comme par le passé, à prendre part aux activités de chaque époque.

               


Publié dans VerteuilSurCharente

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